Les prévisions de montagne sont écrites dans un vocabulaire que la météo de plaine n’utilise pas : isotherme, limite pluie-neige, vent en altitude, effet de foehn. Ce sont pourtant ces mots-là qui disent si la semaine sera bonne. Nos fiches donnent la prévision à sept jours au village et au sommet — deux altitudes, deux prévisions — avec l’isotherme 0 °C et le vent. Voici comment les lire.
Deux altitudes, deux temps
Entre le village à 1 300 m et le sommet à 2 500 m, il y a en moyenne 8 °C d’écart — 6,5 °C par 1 000 m en air humide, jusqu’à 10 en air sec. Il peut pleuvoir en bas et neiger en haut, faire +5 °C à la terrasse et −6 °C au télésiège du sommet. Une prévision unique pour la station ne veut rien dire ; c’est pourquoi nos fiches en donnent deux.
L’isotherme 0 °C : où la pluie devient neige
L’isotherme 0 °C est l’altitude à laquelle la température de l’air passe sous zéro. La limite pluie-neige se situe en général 200 à 400 m en dessous, parce qu’un flocon met quelques centaines de mètres à fondre en tombant dans de l’air à peine positif.
C’est le chiffre décisif d’une chute de neige. « 30 cm de neige, isotherme à 2 500 m » signifie 30 cm au-dessus de 2 200 m, de la pluie au village à 1 500 m, et une neige lourde et mouillée entre les deux — le pire des scénarios pour un domaine bas. « 15 cm, isotherme à 1 000 m » signifie de la neige jusqu’au village et une neige froide et légère partout : un meilleur jour de ski avec deux fois moins de neige.
L’isotherme bouge vite : il peut monter de 1 000 m en quelques heures avec un redoux, et redescendre derrière un front froid. Une chute qui commence en pluie et finit en neige — le cas courant des perturbations d’ouest — laisse une couche de neige sur une croûte de glace, et c’est le manteau instable dont parle le bulletin d’avalanche.
Le vent : ce qui ferme les remontées
Le vent est la première cause de fermeture des remontées, loin devant la neige. Un télésiège ferme en général au-dessus de 60 à 80 km/h en rafales ; une télécabine un peu au-dessus ; un téléphérique au-dessus de 80 à 100. Les jours de grand beau temps avec un vent d’altitude, le haut du domaine ferme et le bas tourne.
Le vent en altitude n’a rien à voir avec celui du village : il double couramment, et il souffle depuis une direction qu’on ne sent pas en bas. Nos fiches donnent la vitesse maximale prévue au sommet ; au-dessus de 60 km/h, prévoyez de skier en bas l’après-midi.
Le vent fait autre chose : il transporte la neige. Un jour de vent fort après une chute déplace la neige des faces au vent vers les faces sous le vent, où elle forme des plaques — c’est le « problème neige ventée » du bulletin d’avalanche, et c’est aussi ce qui laisse une piste dégarnie et une autre surchargée à cent mètres l’une de l’autre.
Le foehn, le soleil, le brouillard
Le foehn est un vent chaud et sec qui descend un versant après avoir déchargé sa pluie sur l’autre : dans les Alpes du Nord, un vent du sud qui fait monter l’isotherme de 1 500 m en une nuit, mange la neige et ferme les remontées. Quand la prévision dit « vent de sud fort en altitude et redoux », c’est lui.
Le soleil de mars est celui de septembre : la neige des versants sud se transforme dès la fin de matinée. Notre mesure de l’exposition des pistes, station par station, dit où le ski du matin est le meilleur.
Le brouillard de vallée sous une mer de nuages laisse le haut du domaine au soleil — le meilleur temps de l’hiver, à condition de monter. À l’inverse, un nuage accroché au sommet rend le relief invisible ; c’est là qu’il faut l’écran de masque clair.
Lire la fiche d’une station
Sur la page « météo » de chaque station : sept jours, deux altitudes, la température maximale et minimale, la neige fraîche attendue au sommet, le vent maximal, l’isotherme 0 °C à la mi-journée. Le tout recalculé toutes les heures depuis les modèles de Météo-France et du Centre européen. Et pendant la saison, le poste d’observation rattaché à la station donne ce qu’il mesure vraiment — la température, le vent et la neige au sol de l’heure précédente — pour 218 stations. Une prévision se lit à côté d’une observation : c’est l’écart entre les deux qui dit combien lui faire confiance.







