Deux skis identiques, l’un entretenu et l’autre non, ne skient pas pareil au bout de deux semaines : le premier tourne et glisse, le second dérape et colle. L’entretien tient en deux gestes — farter la semelle, affûter les carres — qu’un atelier de station fait en une heure pour vingt à quarante euros, et qu’on peut apprendre à faire soi-même.
Le fart : pour glisser, et pour protéger
La semelle d’un ski est en polyéthylène poreux. Le fart est une paraffine qui imprègne ces pores et fait glisser ; sans lui, la semelle s’oxyde, blanchit et freine. Un ski bien farté glisse sur le plat, ne colle pas en neige humide et s’use moins.
Quand. Tous les trois à cinq jours de ski. Plus souvent au printemps, où la neige mouillée aspire le fart, et par grand froid, où une neige abrasive le rape. Toujours avant l’été : un fart épais laissé sur la semelle, non raclé, la protège jusqu’à l’hiver suivant.
Lequel. Les farts sont classés par température de neige — froid, moyen, chaud — ou universels. Pour la plupart des skieurs, un fart universel suffit ; les farts de température sont un raffinement de compétition. Depuis 2021, les farts fluorés sont interdits en compétition et retirés du commerce ; ce qui se vend aujourd’hui est sans fluor.
Comment, chez soi. Un fer à farter — un fer à repasser sans vapeur fait l’affaire, réglé bas — fait fondre le fart en gouttes sur la semelle, puis l’étale en passes continues sans jamais s’arrêter. On laisse refroidir une demi-heure, on racle l’excédent avec un racloir en plastique de la spatule au talon, on brosse dans le même sens. Vingt minutes par paire.
Les carres : pour accrocher
Les carres sont les deux baguettes d’acier qui bordent la semelle. C’est par elles qu’un ski mord la neige dure. Elles s’émoussent au contact des cailloux, de la glace, et simplement du temps ; une carre émoussée fait déraper le ski en virage sur piste damée, et le skieur croit qu’il a perdu son niveau.
L’angle. Une carre s’affûte sur deux faces : le côté chant, à 88 ou 89° par rapport à la semelle — 90° est l’angle d’usine des skis de location, 88° celui des skieurs exigeants — et le côté semelle, relevé de 0,5 à 1° pour que le ski ne « mordille » pas à plat. Ces angles se tiennent avec un guide d’angle, une pièce en plastique ou en métal qui maintient la lime ; sans guide, on arrondit la carre.
Le geste. Lime dans le guide, passes régulières de la spatule au talon, sans appuyer. Une pierre à ébavurer finit le travail. Quinze minutes par paire, tous les cinq à dix jours de ski, et après chaque contact avec un caillou.
Ce qu’on laisse à l’atelier. Une carre profondément entaillée ou une semelle rayée jusqu’au bois demandent une machine : la ponceuse à bande refait une semelle plane, la structureuse y grave les micro-rainures qui évacuent l’eau, et la meule redonne l’angle sur toute la longueur. C’est le service « affûtage-fartage complet » des ateliers de station, à faire une ou deux fois par saison.
Les réparations de semelle
Un trou dans la semelle — un caillou en bord de piste au printemps — se rebouche à la bougie de polyéthylène : on la fait fondre goutte à goutte dans le trou, on laisse durcir, on racle à ras. C’est un geste de dix minutes qui évite que le trou s’agrandisse et prenne l’eau. Un trou qui atteint le noyau ou une carre décollée, c’est l’atelier, et parfois la fin du ski.
L’été et les fixations
Skis fartés sans racler, rangés à plat ou debout dans un endroit sec, loin d’un radiateur qui déformerait le cambre. Les fixations en position de repos — DIN baissé au minimum sur les anciennes fixations à ressort, que les modèles récents rendent inutile. À la reprise, un passage à l’atelier pour le contrôle des fixations : c’est l’objet d’un autre article.
Location : ce que ça change
Un ski de location est passé à la machine entre deux clients dans les bonnes stations, et pas dans les autres. Au comptoir, passez l’ongle sur la carre et regardez la semelle : blanche et sèche, elle n’a pas vu de fart depuis longtemps. Demander une autre paire n’est pas faire des manières.






