Technique

Entretenir ses skis : fartage, affûtage des carres, et ce qu'on peut faire soi-même

Un ski qui n'accroche plus sur piste dure a rarement besoin d'être remplacé : ses carres sont émoussées. Un ski qui colle en neige de printemps manque de fart. Les deux se règlent en une heure à l'atelier — ou dans son garage avec trois outils. Voici quoi faire, quand, et ce qu'on laisse au professionnel.

Atelier de fartage : fer, fart et racloir
Atelier de fartage : fer, fart et racloir — photo Tiia Monto, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Deux skis identiques, l’un entretenu et l’autre non, ne skient pas pareil au bout de deux semaines : le premier tourne et glisse, le second dérape et colle. L’entretien tient en deux gestes — farter la semelle, affûter les carres — qu’un atelier de station fait en une heure pour vingt à quarante euros, et qu’on peut apprendre à faire soi-même.

Le fart : pour glisser, et pour protéger

La semelle d’un ski est en polyéthylène poreux. Le fart est une paraffine qui imprègne ces pores et fait glisser ; sans lui, la semelle s’oxyde, blanchit et freine. Un ski bien farté glisse sur le plat, ne colle pas en neige humide et s’use moins.

Quand. Tous les trois à cinq jours de ski. Plus souvent au printemps, où la neige mouillée aspire le fart, et par grand froid, où une neige abrasive le rape. Toujours avant l’été : un fart épais laissé sur la semelle, non raclé, la protège jusqu’à l’hiver suivant.

Lequel. Les farts sont classés par température de neige — froid, moyen, chaud — ou universels. Pour la plupart des skieurs, un fart universel suffit ; les farts de température sont un raffinement de compétition. Depuis 2021, les farts fluorés sont interdits en compétition et retirés du commerce ; ce qui se vend aujourd’hui est sans fluor.

Comment, chez soi. Un fer à farter — un fer à repasser sans vapeur fait l’affaire, réglé bas — fait fondre le fart en gouttes sur la semelle, puis l’étale en passes continues sans jamais s’arrêter. On laisse refroidir une demi-heure, on racle l’excédent avec un racloir en plastique de la spatule au talon, on brosse dans le même sens. Vingt minutes par paire.

Les carres : pour accrocher

Les carres sont les deux baguettes d’acier qui bordent la semelle. C’est par elles qu’un ski mord la neige dure. Elles s’émoussent au contact des cailloux, de la glace, et simplement du temps ; une carre émoussée fait déraper le ski en virage sur piste damée, et le skieur croit qu’il a perdu son niveau.

L’angle. Une carre s’affûte sur deux faces : le côté chant, à 88 ou 89° par rapport à la semelle — 90° est l’angle d’usine des skis de location, 88° celui des skieurs exigeants — et le côté semelle, relevé de 0,5 à 1° pour que le ski ne « mordille » pas à plat. Ces angles se tiennent avec un guide d’angle, une pièce en plastique ou en métal qui maintient la lime ; sans guide, on arrondit la carre.

Le geste. Lime dans le guide, passes régulières de la spatule au talon, sans appuyer. Une pierre à ébavurer finit le travail. Quinze minutes par paire, tous les cinq à dix jours de ski, et après chaque contact avec un caillou.

Ce qu’on laisse à l’atelier. Une carre profondément entaillée ou une semelle rayée jusqu’au bois demandent une machine : la ponceuse à bande refait une semelle plane, la structureuse y grave les micro-rainures qui évacuent l’eau, et la meule redonne l’angle sur toute la longueur. C’est le service « affûtage-fartage complet » des ateliers de station, à faire une ou deux fois par saison.

Les réparations de semelle

Un trou dans la semelle — un caillou en bord de piste au printemps — se rebouche à la bougie de polyéthylène : on la fait fondre goutte à goutte dans le trou, on laisse durcir, on racle à ras. C’est un geste de dix minutes qui évite que le trou s’agrandisse et prenne l’eau. Un trou qui atteint le noyau ou une carre décollée, c’est l’atelier, et parfois la fin du ski.

L’été et les fixations

Skis fartés sans racler, rangés à plat ou debout dans un endroit sec, loin d’un radiateur qui déformerait le cambre. Les fixations en position de repos — DIN baissé au minimum sur les anciennes fixations à ressort, que les modèles récents rendent inutile. À la reprise, un passage à l’atelier pour le contrôle des fixations : c’est l’objet d’un autre article.

Location : ce que ça change

Un ski de location est passé à la machine entre deux clients dans les bonnes stations, et pas dans les autres. Au comptoir, passez l’ongle sur la carre et regardez la semelle : blanche et sèche, elle n’a pas vu de fart depuis longtemps. Demander une autre paire n’est pas faire des manières.

Questions fréquentes

À quelle fréquence farter ses skis ?

Tous les trois à cinq jours de ski en conditions normales, plus souvent en neige de printemps ou très froide, et systématiquement avant de les ranger l'été — un fart épais non raclé protège la semelle de l'oxydation pendant la belle saison.

Comment savoir si mes carres sont émoussées ?

Passez l'ongle perpendiculairement à la carre : une carre affûtée le mord, une carre émoussée glisse. Sur la piste, le symptôme est un ski qui dérape en virage sur neige dure au lieu de couper. Sur neige molle, on ne s'en aperçoit pas.

Peut-on abîmer ses skis en les entretenant soi-même ?

Avec un fer trop chaud, oui : la semelle brûle et se voile. Avec une lime mal guidée, on arrondit une carre au lieu de l'affûter. Le fartage à la main est sans risque avec un fer réglé à la température indiquée sur le fart ; l'affûtage demande un guide d'angle, qui coûte une vingtaine d'euros.

Les stations de cet article

Ce que cet article a relevé

  • Recommandations des fabricants de skis et de fart (températures de fart, angles de carres usuels : 88-89° côté chant, 0,5-1° côté semelle).
  • Pratique des ateliers de station (passage à la machine à structurer, réparation de semelle au polyéthylène).