Le rayon de ski d’un magasin propose cinquante modèles qui se ressemblent. Les trois chiffres imprimés sur chacun — longueur, largeur au patin, rayon — suffisent à les trier en quatre familles, et à savoir laquelle correspond à ce qu’on skie vraiment. Le reste est affaire de goût et de prix.
Les trois chiffres
La longueur, en centimètres. Elle va du menton au-dessus de la tête. Court = maniable, facile à faire tourner, moins stable quand ça va vite. Long = stable, porteur en neige molle, plus exigeant. Le repère : le menton pour un débutant, les yeux pour un skieur moyen sur piste, le sommet du crâne et au-delà pour un bon skieur ou un ski large.
La largeur au patin, en millimètres, sous le pied. C’est le chiffre le plus parlant. Un ski étroit passe vite de carre à carre et mord la neige dure ; un ski large flotte en neige molle et traîne sur piste. Moins de 75 mm : ski de piste. 75 à 85 : piste et un peu plus. 85 à 100 : all-mountain, le ski qui fait tout à 80 %. 100 mm et plus : neige molle, hors-piste, poudreuse — et une journée pénible sur une piste damée et dure.
Le rayon, en mètres, donné pour une longueur. C’est le rayon du cercle que le ski dessine posé sur la carre. Court — 11 à 14 m — le ski tourne serré, c’est le slalom et le ski de piste joueur. Long — 18 m et plus — il tourne large et tient à grande vitesse, c’est le ski de géant et de neige molle. Entre les deux, le compromis.
Les quatre familles, et à qui elles vont
Le ski de piste, étroit, à rayon court ou moyen : pour qui skie sur les pistes damées et veut de la précision. C’est le ski de la plupart des semaines de ski en France, où l’on ne quitte pas les pistes. Il est mal à l’aise dès que la neige devient molle ou bosselée.
L’all-mountain, 85-100 au patin, rayon moyen : le ski qui fait tout correctement — la piste, la neige de printemps, les bords de piste, une chute de neige. C’est le bon choix pour qui achète une seule paire et skie une semaine par an dans une grande station.
Le ski de neige molle, 100 et plus, souvent avec un rocker (spatule relevée) : pour le hors-piste et la poudreuse. À louer le jour où il neige plutôt qu’à acheter, sauf pour qui skie hors piste chaque semaine.
Le ski de randonnée, léger, entre 80 et 95 au patin, avec des fixations qui libèrent le talon : un autre sport, traité dans son propre article.
Cambre et rocker : ce que la forme change
Un ski cambré — qui touche la neige à la spatule et au talon, et se soulève au milieu quand il est posé à plat — accroche fort sur piste dure. Un ski avec rocker — spatule et parfois talon relevés — pivote plus facilement et flotte en neige molle, au prix d’un peu d’accroche. La plupart des skis modernes combinent un cambre sous le pied et un rocker en spatule ; plus le rocker est long, plus le ski est fait pour la neige molle.
Louer ou acheter
Un ski s’use : les carres s’émoussent, la semelle se raye, le cambre s’affaisse en trois à cinq saisons. Pour une semaine par an, la location — avec du matériel récent et entretenu — est presque toujours le bon calcul, et permet de prendre le ski adapté à la neige du jour. L’achat se justifie à partir de deux ou trois semaines par an, ou pour un ski qu’on ne trouve pas en location.
Où chaque famille a du sens
Sur les grands domaines d’altitude — Tignes, Val Thorens, La Plagne — la neige reste froide et damée : le ski de piste et l’all-mountain y sont chez eux. En moyenne montagne au printemps, la neige molle de l’après-midi fait préférer un ski un peu plus large. À La Grave, il n’y a pas de piste damée, et un ski étroit n’a rien à y faire. Les fiches de chaque station donnent la part de pistes faciles, l’exposition et l’enneigement mesuré — de quoi savoir quelle neige on trouvera avant de choisir ce qu’on met dessous.







