« Combien il neige » est la première question qu’on pose sur une station, et la réponse la plus mal servie. Les sites de stations et les agrégateurs affichent des cumuls déclarés, additionnés on ne sait comment, parfois à l’année, parfois à la saison, souvent sans dire à quelle altitude. On y lit des records d’un côté et des moyennes de l’autre, et rien n’est comparable.
Nous avons pris un autre chemin. Météo-France publie, en open data, les relevés quotidiens de ses postes — dont deux colonnes qui nous intéressent : la hauteur de neige au sol mesurée à 6 h, et la hauteur de neige fraîche tombée en 24 h. Nous rattachons chaque station au poste qui la décrit le mieux, à condition qu’il soit à moins de 25 km, dans l’étendue d’altitude du domaine, et qu’il aligne au moins dix hivers complets. Puis nous calculons.
Les postes où il tombe le plus
Lognan, à 1 970 m au-dessus d’Argentière, dans la vallée de Chamonix, est le poste le plus arrosé de nos relevés : 660 cm par hiver en moyenne, en 54 jours de chute, sur vingt hivers complets. C’est le poste des Grands Montets et de La Flégère. La plus grosse chute de sa série : 99 cm en 24 heures, pendant l’hiver 2011-2012.
Val Thorens, poste à 2 283 m : 559 cm par hiver en 59 jours, sur douze hivers. Le poste sert aux Menuires et à Méribel-Village, dans la même vallée. Record : 70 cm en une journée, hiver 2007-2008.
Piau, à 1 860 m dans les Pyrénées : 536 cm en 58 jours, sur treize hivers. Ce poste décrit tout le haut de la vallée d’Aure et du Tourmalet — Piau-Engaly, La Mongie, Barèges, Luz-Ardiden, Peyragudes, Gavarnie. Record : 99 cm en un jour, hiver 2012-2013. Les Pyrénées centrales reçoivent autant de neige que les Alpes ; elles la gardent moins longtemps.
Flaine, à 1 620 m : 532 cm en 51 jours sur dix hivers, avec un record modeste de 55 cm — Flaine reçoit sa neige régulièrement plutôt qu’en tempêtes.
Ce que ces chiffres ne disent pas : ce qui reste
Six mètres de neige tombée ne font pas six mètres au sol. La neige se tasse, fond aux redoux, s’envole au vent des crêtes. Nos fiches donnent donc aussi la mesure de ce qui reste : le nombre de jours par hiver où le poste a mesuré au moins 30 cm au sol, le repère du ski sur piste damée.
Là, le classement change. Les postes les plus hauts dominent : Belle Plagne et Les Contamines, rattachées à la nivôse de la Grande Parei à 2 260 m, comptent 134 jours par hiver à 30 cm ou plus ; Lognan aussi ; le Domaine du Tourmalet, sous la nivôse du Lac d’Ardiden à 2 445 m, 133 ; Val Thorens 132 ; Tignes et Bonneval-sur-Arc, 131. À ces altitudes, la neige tient du 1er décembre au 15 avril presque sans interruption.
Pourquoi seulement 187 stations
Sur nos 335 fiches, 282 sont rattachées à un poste qui mesure la neige au sol, et 187 à un poste qui mesure aussi la neige fraîche. La différence tient aux nivôses — les stations automatiques de haute altitude, qui mesurent la hauteur au sol par ultrasons mais pas la neige fraîche, qui demande un observateur. Là où le poste ne tient pas de série de chutes, la fiche l’écrit, plutôt que de laisser un vide qu’on prendrait pour un oubli.
Et 53 stations n’ont aucun poste qui remplisse notre règle. Elles n’ont pas de chiffre, et la fiche explique pourquoi — un poste emprunté au massif d’à côté serait un chiffre faux.
Comment lire la fiche d’une station
Sur chaque page « enneigement », le bloc « L’enneigement réellement mesuré » donne, quinzaine par quinzaine, la hauteur moyenne au sol et la part des jours à 30 cm ou plus ; puis le meilleur et le pire hiver de la série ; puis, en dessous, les chutes : cumul moyen, jours de chute, plus grosse chute en 24 h et son hiver, hiver le plus et le moins arrosé. Le nom du poste, son altitude et sa distance sont écrits — et l’altitude compte : un poste à 1 200 m ne décrit pas le haut d’un domaine à 2 500.
Hors saison, c’est la seule réponse chiffrée qu’on puisse donner à « y a-t-il de la neige ». En saison, le bulletin du jour prend le relais.












