Chaque station a « la plus longue piste des Alpes ». Le problème n’est pas que les stations mentent : c’est que personne ne mesure la même chose. L’une compte une descente qui enchaîne trois pistes, l’autre compte du sommet d’un téléphérique jusqu’au village en passant par une route, la troisième compte une piste qui n’existe qu’une semaine par an.
Nous avons fait autrement. Chaque piste cartographiée sur OpenStreetMap a un nom, un niveau et un tracé ; nous recollons les tronçons qui portent le même nom et le même niveau, nous lisons les altitudes sur le modèle de terrain national de l’IGN, et nous obtenons pour chaque station sa plus longue piste sous un seul nom, avec son dénivelé réel. Le résultat déçoit parfois la brochure. Il a le mérite d’être comparable.
La Cascades, à Flaine : 10,5 km d’une seule piste bleue
Elle part du sommet des Grandes Platières, à 2 376 m, et descend jusqu’à Sixt-Fer-à-Cheval, à 781 m, au fond de la vallée du Giffre : 10,5 km et 1 594 m de dénivelé. La station la cote bleue ; la carte OpenStreetMap la classe rouge, et c’est ce niveau-là que nos tableaux reprennent — le haut de la piste, sur le plateau, est facile, la fin dans les gorges l’est moins. C’est en tout cas la plus longue piste de France sous un seul nom.
Elle est aussi un cas d’école de ce que « longue » veut dire : au bas de la piste, on n’est plus à Flaine mais à Sixt, et on rentre en navette. Toutes les stations du Grand Massif — Flaine, Les Carroz, Samoëns, Morillon, Sixt — y ont accès.
Le Tabuc, à Serre Chevalier : 10 km de piste noire
Le second est un tout autre programme : 10 km, 633 m de dénivelé seulement, et une cotation noire. Le Tabuc serpente dans la forêt de mélèzes au-dessus du Monêtier-les-Bains, étroit, parfois plat, parfois raide. Ce n’est pas une piste de vitesse, c’est une piste de montagne.
Serre Chevalier compte aussi la plus longue piste bleue de la carte, un « Chemin » de 12,8 km sur le versant de Briançon — un chemin de liaison damé qui figure comme piste sur la carte, et que nous listons pour ce qu’il est.
Le Sarenne, à l’Alpe d’Huez : le plus grand dénivelé
En dénivelé plutôt qu’en longueur, le classement change de tête. Le Sarenne perd 1 657 m entre le Pic Blanc, à 3 306 m, et le bas des gorges, à 1 649 m, sur 8 km : c’est le plus grand dénivelé d’une piste sous un seul nom en France. Noire, longtemps réputée pour ses bosses, elle est damée une partie de la saison.
Les Deux Alpes offrent une descente du même ordre depuis le glacier, et La Plagne depuis Bellecôte — mais en enchaînant plusieurs pistes, ce que notre mesure ne fait pas.
Ce qu’on mesure, et ce qu’on ne mesure pas
On mesure la longueur d’un tracé sur le terrain, en tenant compte de la pente — pas la longueur « à plat » sur la carte. Un tronçon qui monte est compté dans la longueur, pas dans le dénivelé.
On ne mesure pas ce que la carte ne contient pas. Une piste absente d’OpenStreetMap n’apparaît pas ; une piste dont les tronçons portent deux noms différents apparaît en deux pistes. Si votre station manque, c’est presque toujours la carte qui est incomplète — et elle se complète.
On ne classe pas les pistes de vitesse chronométrée ni les itinéraires hors-piste balisés, qui ne sont pas des pistes au sens de la carte.
Le tableau ci-dessous est notre classement complet des plus longues pistes, une ligne par piste, avec la station, le niveau et le dénivelé.










