Deux erreurs se voient chaque semaine sur les pistes. Le skieur en lunettes de soleil légères qui, à 15 h, a les yeux qui piquent et pleurent : c’est une kératite, une brûlure de la cornée par les ultraviolets, douloureuse, réversible en quelques jours. Et le skieur en masque très sombre, un jour de brouillard, qui ne distingue plus une bosse d’un plat et tombe sur un relief qu’il n’a pas vu. Les deux ont le même problème : un seul écran pour tous les temps.
Pourquoi l’altitude change tout
L’atmosphère filtre les ultraviolets ; il y en a moins au-dessus. Le rayonnement UV augmente d’environ 10 % par tranche de 1 000 m d’altitude. Et la neige renvoie jusqu’à 80 % des UV qui la frappent, contre 10 % pour l’herbe ou le sable : à 2 500 m sur un glacier, on reçoit les UV d’en haut et d’en bas. Une journée sans protection suffit à brûler la cornée ; des années sans protection favorisent la cataracte.
La protection UV ne dépend pas de la teinte : un écran clair peut filtrer 100 % des UV, un écran sombre de mauvaise qualité, non. Tous les masques et lunettes vendus en Europe sous les normes EN 174 et EN ISO 12312-1 filtrent les UV en totalité. Ce qui change avec la teinte, c’est la lumière visible.
Les catégories : de 0 à 4
L’étiquette porte une catégorie de filtre, qui dit quelle part de la lumière visible passe.
Catégorie 0 — 80 à 100 % de lumière : écran transparent ou jaune pâle, pour le ski de nuit et le brouillard épais. Catégorie 1 — 43 à 80 % : temps couvert, brouillard, fin de journée ; les écrans jaunes, orange et roses de cette catégorie augmentent le contraste des reliefs. Catégorie 2 — 18 à 43 % : ciel variable, le compromis d’un écran unique. Catégorie 3 — 8 à 18 % : plein soleil, la catégorie de la plupart des masques vendus. Catégorie 4 — 3 à 8 % : glacier, haute altitude, très fort ensoleillement — et interdite pour conduire, on ne voit plus rien à l’ombre.
Le brouillard est le cas qui trompe : le ciel blanc semble lumineux, mais le relief de la neige disparaît. Il faut alors un écran clair et coloré — jaune, orange, rose — qui laisse passer la lumière et accentue les ombres. Un écran sombre y aggrave tout.
Deux écrans, ou un écran variable
La solution de la plupart des skieurs réguliers : un masque à écran interchangeable, avec un écran de catégorie 3 pour le soleil et un écran de catégorie 1 pour le mauvais temps, changés en trente secondes par un système d’aimants ou de clips. L’écran de rechange voyage dans son étui, dans la poche de la veste.
L’alternative : un écran photochromique, qui fonce et s’éclaircit avec la lumière, de la catégorie 1 à la 3 en quelques dizaines de secondes. Plus cher, moins réactif par grand froid, mais un seul écran pour la semaine.
Les écrans polarisants suppriment les reflets sur la neige mouillée ; ils cachent aussi les plaques de glace, qui brillent — utiles au printemps, discutables en janvier.
Choisir un masque
Avec le casque. Le masque doit épouser le bord du casque sans laisser de front nu ni comprimer les ouïes de ventilation. Essayer les deux ensemble.
Le champ de vision. Un écran sphérique ou cylindrique large ; les masques étroits coupent la vision périphérique, celle qui voit arriver le skieur d’à côté.
La ventilation et l’anti-buée. Une mousse aérée sur le pourtour, un double écran — deux couches séparées par de l’air, comme un double vitrage — et un traitement anti-buée intérieur qu’on ne touche jamais avec un gant.
Les porteurs de lunettes. Des masques « OTG » (over the glasses), plus profonds, acceptent des lunettes de vue en dessous. Les lentilles de contact évitent le problème.
L’entretien
Sécher à l’air, jamais sur le radiateur ni dans une voiture au soleil. Ranger dans l’étui en microfibre, écran vers le haut. Nettoyer l’extérieur à l’eau claire et à la microfibre ; ne jamais essuyer l’intérieur, dont le traitement anti-buée s’use au premier frottement. Un écran rayé se remplace ; le masque se garde.






