Deux stations à la même altitude, sous le même ciel, avec la même neige tombée, n’ont pas la même neige au sol en mars. La différence est dans l’orientation des pentes. Un versant nord voit le soleil rasant ; un versant sud le prend de face. À l’échelle d’un domaine, cette différence se mesure — et nos fiches la mesurent.
Ce que la mesure dit
Pour chaque piste cartographiée sur OpenStreetMap, nous calculons son sens de descente — vers quel point cardinal elle descend, donc quel versant elle occupe — et nous pondérons par sa longueur. Le résultat, pour chaque station, est une répartition en quatre parts : nord, est, sud, ouest.
Val Thorens, mesuré sur 181 pistes : 43 % ouest, 38 % nord, 12 % sud, 7 % est. Un domaine d’altitude tourné vers l’ouest et le nord, ce qui explique — avec les 2 300 m du village — pourquoi il ouvre en novembre et ferme en mai.
Gourette, dans les Pyrénées béarnaises, 48 pistes : 89 % nord. Un domaine entre 1 400 et 2 400 m qui skie comme un domaine bien plus haut, parce que le soleil ne le touche presque pas. Les Monts d’Olmes, dans l’Ariège, 91 % nord sur 27 pistes ; Combelouvière, en Tarentaise, 96 %.
La Rosière, en Haute-Tarentaise, 72 pistes : 55 % sud, 6 % nord. La station se vend comme la plus ensoleillée de Tarentaise, et la mesure confirme. Champagny-en-Vanoise, 56 % sud ; Chaillol, 75 %.
Ce que ça change selon le mois
En décembre et janvier, le soleil est bas et les journées courtes : un versant sud reste froid, la neige y tient, et la lumière est un luxe. Les domaines sud sont les meilleurs choix de plein hiver — surtout pour les débutants et les enfants, qui skient plus longtemps quand il fait bon.
En février, tout se vaut encore, sauf en bas des pistes sud des stations basses.
En mars et avril, l’ordre s’inverse. Le soleil monte, les versants sud se transforment dès le milieu de matinée et se dégarnissent en bas. Les versants nord gardent une neige froide jusqu’à midi et un manteau qui tient. C’est là que Gourette rattrape Tignes.
S’en servir dans la journée
Les habitués ne regardent pas l’exposition pour choisir la station : ils la regardent pour choisir la piste, heure par heure. L’est le matin : premier soleil, neige regelée qui s’assouplit. Le sud en fin de matinée, avant que ça colle. L’ouest l’après-midi, où le soleil arrive tard. Le nord pour la poudreuse trois jours après la chute, et pour tout le reste quand le printemps est là.
Le plan des pistes ne dit pas l’orientation. La carte de nos fiches, si, et la fiche de chaque station donne sa répartition — avec le nombre de pistes sur lesquelles elle est calculée, parce qu’une station de cinq pistes à 100 % nord n’est pas une mesure, c’est un hasard.
Ce que la mesure ne dit pas
Elle ne dit pas la pente, ni l’altitude — deux facteurs qui pèsent autant. Elle ne dit pas l’ombre portée des sommets, qui protège certaines combes sud. Et elle dépend de la carte : une station dont les pistes sont mal cartographiées a une exposition calculée sur trop peu de pistes, et la fiche indique ce nombre pour qu’on sache la lire.









